Qu'est-ce que le screener Stock Market Winners ?
En 1988, le professeur de finance Marc Reinganum a publié « The Anatomy of a Stock Market Winner » dans le Financial Analysts Journal. Plutôt que de se demander ce qui fait une bonne entreprise, il a posé une question plus étroite et plus utile : qu'avaient en commun les plus grandes actions gagnantes avant leur décollage ? Reinganum a remonté le fil à partir de 222 actions que William O'Neil & Co. avait désignées comme les plus performantes du marché dans « The Greatest Stock Market Winners: 1970-1983 », en étudiant leurs fondamentaux et le comportement de leur cours dans les trimestres précédant immédiatement chaque envolée. Le screener Stock Market Winners est l'adaptation opérationnelle par l'AAII des traits distillés par cette étude — une tentative de repérer le profil d'un gagnant plutôt que de réagir après coup.
L'idée centrale
Le postulat est qu'une action sur le point de connaître un fort mouvement présente au préalable une certaine allure, et que cette allure est une combinaison, non un signal unique. Reinganum a constaté que les gagnantes étaient bon marché sur les actifs — la plupart se négociaient sous la valeur comptable — sans pour autant être de l'argent mort. Leurs bénéfices trimestriels progressaient et, plus révélateur encore, accéléraient ; leurs cours étaient déjà fermes et proches de leurs plus hauts sur deux ans ; et elles comptaient peu d'actions. Aucun de ces traits n'est remarquable isolément. Empilés ensemble, ils décrivent une petite entreprise négligée dont les fondamentaux se sont discrètement retournés et dont le cours commence à le confirmer. Le screener mêle en un seul filtre trois styles qui vivent d'ordinaire séparés — la valeur par le cours/valeur comptable, la croissance par l'accélération des bénéfices, et le momentum par la force relative.
Ce que recherche le screener Stock Market Winners
- Un ratio cours/valeur comptable ne dépassant pas 1,5. La règle originelle de Reinganum était inférieure à 1,0 ; l'AAII a légèrement relevé le plafond pour que quelques titres de plus franchissent l'ensemble des filtres.
- Un bénéfice par action des activités poursuivies, à chacun des deux derniers trimestres, supérieur à celui du même trimestre un an plus tôt.
- Une accélération des bénéfices — la croissance sur un an au dernier trimestre supérieure à la croissance sur un an du trimestre précédent.
- Un taux de croissance sur cinq ans du bénéfice par action des activités poursuivies supérieur à zéro.
- Une force relative pondérée sur les quatre derniers trimestres se classant dans les 30 % supérieurs de la base de données (rang centile de 70 ou plus).
- Une marge bénéficiaire avant impôts positive sur les 12 derniers mois.
- Un cours actuel à moins de 15 % du plus haut cours de l'action sur les deux dernières années.
- Pas plus de 20 millions d'actions en circulation au dernier trimestre fiscal.
- Les actions de gré à gré (OTC) exclues.
Pourquoi le screener Stock Market Winners peut fonctionner
Dans l'échantillon de Reinganum, le schéma était marqué : les bénéfices trimestriels des gagnantes bondissaient en moyenne de 46 % et continuaient d'accélérer, et les rendements du groupe devançaient nettement le marché. Cet écart n'était pas qu'une simple rémunération d'un surcroît de risque — les gagnantes n'étaient que légèrement plus volatiles que le marché, pas assez pour l'expliquer. Deux des traits font le gros du travail. Le filtre de faible cours/valeur comptable maintient la recherche parmi les titres négligés et délaissés, où l'on a montré de longue date que la surréaction pousse les cours sous la valeur intrinsèque. Les règles de force relative et de cours proche de son plus haut imposent ensuite que le marché ait déjà commencé à s'en apercevoir — une protection contre l'achat d'une action bon marché qui ne fait que dériver latéralement. Le faible flottant compte aussi : 90 % des gagnantes comptaient moins de 20 millions d'actions avant leur envolée, avec une médiane proche de 5,7 millions, et un faible nombre d'actions amplifie un mouvement de cours dès que de vrais acheteurs arrivent.
Ce qu'il faut garder à l'esprit
Des règles extraites d'une seule liste d'actions sur une seule fenêtre de 13 ans comportent un vrai danger — des traits qui décrivaient les gagnantes de 1970-1983 ne prédisent pas forcément les gagnantes de la décennie suivante, et plus vous empilez de filtres, plus vous risquez de coller au passé plutôt qu'à l'avenir. Le screener est aussi en tension interne : un test strict de délaissement par faible cours/valeur comptable tire d'un côté, un test de momentum « regardez-moi » tire de l'autre, si bien que, sur certains marchés, très peu d'actions satisfont les deux à la fois. L'exigence de faible flottant, utile pour amplifier les gains, joue en sens inverse dans une baisse — les titres peu liquides sont plus difficiles à vendre et bougent violemment. Et comme les titres OTC sont exclus, une partie de l'univers des petites entreprises que vise la stratégie est hors jeu dès le départ. Traitez un résultat comme une liste de départ, et cherchez pourquoi chaque action bon marché est bon marché.
Sources
The Anatomy of a Stock Market Winner, Marc R. Reinganum, Financial Analysts Journal, 1988 ; s'appuyant sur William O'Neil & Co., The Greatest Stock Market Winners: 1970-1983.
American Association of Individual Investors (AAII) — définition du screener dans Stock Investor Pro.