Charles Kirkpatrick et le Kirkpatrick Bargain Screen
Charles D. Kirkpatrick II s'est fait un nom en tant qu'analyste technique. Il est coauteur de Technical Analysis, un ouvrage de référence pour les candidats à l'examen de Chartered Market Technician (CMT), et il détient lui-même la certification CMT. Son livre de 2008, Beat the Market: Invest by Knowing What Stocks to Buy and What Stocks to Sell (FT Press), expose trois modèles boursiers mécaniques. Le Kirkpatrick Bargain Screen est le plus récent et le plus expérimental d'entre eux : il l'a constitué entre janvier 2005 et décembre 2007 en reprenant les déclencheurs les plus performants de ses études distinctes sur la force des cours, la valorisation et la croissance des bénéfices, puis en les réunissant en une seule liste.
L'idée maîtresse : un momentum d'élite à un prix modéré
Comme tous les modèles de Kirkpatrick, le Bargain Screen part de la force relative des cours — le cours de clôture hebdomadaire de chaque action rapporté à sa propre moyenne mobile sur 26 semaines, puis classé sur l'ensemble du marché. Ce qui distingue cette version, c'est le volet fondamental qu'elle associe à ce momentum, et deux particularités délibérées dans sa construction.
Premièrement, il ne court pas après les actions les moins chères. Les tests de Kirkpatrick sur le ratio cours/ventes relatif — un critère de valorisation qu'il privilégiait parce que les ventes sont plus difficiles à maquiller par la direction que les bénéfices — ont révélé les meilleurs rendements futurs non pas au bas de l'échelle de valorisation, mais dans une bande médiane, environ entre les 17e et 42e centiles. Les valeurs les plus décotées sous cette bande sous-performaient en réalité, de sorte que le filtre laisse de côté l'étagère la plus basse du rayon des bonnes affaires. Deuxièmement, il exige un momentum extrême : là où ses listes Growth et Value fixent la barre de force des cours au 90e centile, la liste Bargain la relève au 97e, parce que le seuil plus souple laissait passer plus de valeurs qu'un portefeuille réel ne pouvait en détenir. La croissance des bénéfices, la troisième de ses mesures relatives, est entièrement écartée — ses tests n'ont trouvé qu'un lien faible entre la croissance des bénéfices publiés et les rendements ultérieurs.
Ce que recherche le Kirkpatrick Bargain Screen
- Cours de l'action supérieur à 10 $.
- Capitalisation boursière supérieure à 1 milliard de dollars.
- Force relative des cours classée au 97e centile ou au-dessus — les 3 % les plus forts du marché (Kirkpatrick autorise à assouplir ce seuil vers le 90e centile si trop peu d'entreprises passent).
- Ratio cours/ventes relatif classé entre les 17e et 42e centiles.
- Aucune action négociée de gré à gré (OTC).
Pourquoi le filtre peut fonctionner
La conception cherche à capter le potentiel de hausse du momentum sans le payer trop cher et sans s'appuyer sur un signal de croissance dont Kirkpatrick se méfiait. Sur sa brève fenêtre de test, le mélange s'est révélé puissant : le modèle Bargain a rapporté 77,3 % en 2007, devant les 25,3 % du modèle Value et les 43,0 % du modèle Growth cette année-là. N'acheter que les actions parmi les 3 % les plus forts du marché donne à la liste son élan, tandis que la bande modérée de cours/ventes est censée laisser une marge de sécurité en dessous — assez bon marché pour avoir de la marge de revalorisation, mais pas au point que la décote signale une entreprise en perdition.
Ce qu'il faut garder à l'esprit
Kirkpatrick reconnaissait franchement qu'il s'agit de son modèle le moins éprouvé. Il l'a construit et testé sur à peine trois ans, entièrement au sein d'un marché haussier qui s'est achevé par le krach de 2008, et il a dit clairement qu'il faudrait plusieurs années de preuves supplémentaires avant qu'il ne le qualifie de réussite. La mécanique comporte ses propres risques. Un filtre de momentum au 97e centile achète des actions tout en haut de leur ascension, là où un retournement fait le plus de dégâts, et la liste est censée ne détenir qu'une vingtaine de valeurs : elle est donc concentrée. La fenêtre de valorisation entre les 17e et 42e centiles est un optimum empirique tiré d'un seul backtest, non une loi des marchés. Les propres règles de sortie de Kirkpatrick faisaient vendre une position dès que sa force des cours tombait au 52e centile ou que son classement cours/ventes sortait d'une bande de 7 à 67 — le filtre ne couvre que la décision d'achat.
Sources
Beat the Market: Invest by Knowing What Stocks to Buy and What Stocks to Sell, Charles D. Kirkpatrick II, FT Press, 2008.
American Association of Individual Investors (AAII) — définition du filtre Stock Investor Pro.