Dans le monde de l'investissement, le nom de Benjamin Graham est largement reconnu, notamment grâce à la caution de Warren Buffett. Bien que les livres de Graham aient été écrits il y a des décennies, ils continuent de servir de guide précieux et éclairant pour la sélection d'actions. Dans ses écrits, Graham a exposé un algorithme composé de huit points clés permettant d'identifier ce qu'il appelait les actions « défensives ».
Selon Graham, les actions défensives sont considérées comme les actions de la plus haute qualité et il les recommande vivement. En revanche, les actions plus risquées sont classées comme « entreprenantes ». Pour être qualifiée d'action défensive, une action doit satisfaire à certaines exigences.
Ces exigences sont les suivantes :
En règle générale, nous suggérons que le produit du multiplicateur par le ratio cours/valeur comptable ne dépasse pas 22,5.
Choisir l'action idéale exige de prêter une attention particulière à la taille de l'entreprise. Selon Graham, la taille d'une entreprise joue un rôle essentiel pour atténuer le risque qu'elle disparaisse, ce qui peut à son tour avoir une incidence sur votre investissement. Il convient de noter que le livre de Graham, ajusté de l'inflation, suggère désormais un seuil de référence de 500 millions USD de chiffre d'affaires total, au lieu des 100 millions initiaux.
\( \text{Size in Sales}=\frac{\text{Total Revenu}}{\text{500M}} \)
Les règles applicables à différents secteurs comme les services aux collectivités (utilities) et la finance ont été formulées de diverses manières. Elles mettent davantage l'accent sur les actifs que sur les ventes.
\( \text{Size in Sales}=\frac{\text{Total Assets}}{\text{500M}} \)
La règle numéro 2 est étroitement liée à la valeur comptable, qui détermine si le bilan penche en faveur des actifs ou des passifs. Cette règle a été formulée de deux manières différentes, selon le secteur.
\( \text{Rule 2A}=\frac{\text{Current Assets}}{2*\text{Current Liabilities}} \)
\( \text{Rule 2B}=\frac{\text{Net Current Assets}}{\text{Long-Term Debt}} \)
L'alternative pour les services aux collectivités et la finance est :
\( \text{Rule 2}=\frac{2*\text{Equity}}{\text{Debt}} \)
Pour les entreprises défensives, Graham suggère qu'elles doivent afficher un historique de bénéfices constants au cours des dix dernières années. Cela signifie qu'elles ont su maintenir une tendance bénéficiaire positive sur une période significative.
En respectant ce critère, les entreprises défensives démontrent leur capacité à traverser les tempêtes économiques et à rester stables sur le plan de la performance financière. C'est comme disposer d'un solide bouclier contre les incertitudes du marché.
\( \text{Earning Stability}=\text{10%}*\text{Continuous Years of Positive Earning} \)
Tout comme la règle n°3, un autre critère important pour une entreprise défensive est le versement régulier de dividendes sur une période d'au moins 20 ans. Cela signifie qu'année après année, l'entreprise a partagé ses bénéfices avec ses actionnaires par le biais de versements de dividendes.
En satisfaisant à cette exigence, une entreprise défensive témoigne de son engagement à offrir un flux de revenus régulier à ses investisseurs. Elle fait preuve de stabilité financière et de fiabilité sur une longue période.
\( \text{Dividend Record}=\text{5%}*\text{Continuous Years of Paid Dividend} \)
Du point de vue de Graham, une entreprise défensive est censée démontrer des progrès continus au fil du temps. Plus précisément, en matière de croissance, les bénéfices actuels de l'entreprise devraient être supérieurs d'au moins 33 % à ceux d'il y a une décennie. Pour une plus grande précision, Graham conseille d'analyser la moyenne mobile des bénéfices sur trois ans.
Avec E(T) le bénéfice de l'année T
\( E_\text{mean}(Today)=\frac{ E(Today) + E(Today-1Y) +E(Today-2Y) }{3} \)
\( E_\text{mean}(10Y)=\frac{E(10Y) + E(11Y) +E(12Y)}{3} \)
\( \text{Growth (%)}=\frac{E_\text{mean}(Today) - E_\text{mean}(10Y) }{E_\text{mean}(10Y)} \)
Remarque : Une croissance de 100 % signifie que l'entreprise a connu une croissance de 33 % de ses bénéfices en 10 ans.
Outre les critères de stabilité financière et de croissance, Graham a également souligné l'importance de tenir compte du prix d'une entreprise. Il estimait qu'une analyse complète devait prendre en considération non seulement les fondamentaux de l'entreprise, mais aussi sa valorisation.
Selon Graham, pour les entreprises défensives, le prix payé doit respecter certaines lignes directrices. Premièrement, le prix ne doit pas dépasser 15 fois le bénéfice moyen des trois dernières années. Cela garantit que le prix est raisonnable et ne surévalue pas l'entreprise au regard de sa performance bénéficiaire récente.
Deuxièmement, Graham suggère que le prix payé ne doit pas dépasser la moitié de la valeur comptable de l'entreprise. Ce critère tient compte de l'actif net de l'entreprise et fournit un point de repère pour évaluer le caractère raisonnable du prix.
Bien qu'elles soient présentées dans des paragraphes distincts, Graham conseille de combiner la règle numéro 6 et la règle numéro 7 pour qu'elles se compensent mutuellement. Par factorisation mathématique, on peut exprimer l'énoncé suivant :
\( \text{Graham Number}=\sqrt{22.5*\text{EPS}_\text{mean}*\text{BVPS}} \)
\( \text{Graham Number (%)}=\frac{\text{Graham Number}}{\text{Stock Price}} \)
Le Graham Number revêt une signification intrigante. On peut le définir comme la valeur intrinsèque d'une entreprise, déterminée en tenant compte à la fois de sa valeur comptable (actifs) et de ses bénéfices. Dans le cas d'Apple, Graham indique une valeur intrinsèque de 18,91 USD. Si le cours de l'action dépasse cette valeur, cela suggère que l'entreprise pourrait être surévaluée
Manier des algorithmes de données financières peut être source d'erreurs, susceptibles de conduire à des conclusions incorrectes pouvant fortement peser sur vos décisions d'investissement. Comme le soulignent divers articles, il est essentiel de rester attentif à deux erreurs fréquentes à éviter.
En tentant de traduire des idées en équations, on procède souvent à des simplifications. Cependant, lorsqu'on s'aventure dans le domaine des mathématiques, il importe de tenir compte des règles que nous connaissons déjà.
L'une de ces règles est que la multiplication et la division de deux nombres négatifs donnent un résultat positif. Imaginons une entreprise hypothétique, X, cotée à 20 USD en Bourse. Si l'entreprise X affiche de mauvaises performances, par exemple un bénéfice par action de -5 USD et une valeur comptable par action de -10 USD, l'application de la formule du Graham Number (%) donnera le résultat suivant :
\( \text{Graham Number}=\sqrt{22.5*(-5)*(-10)}=33.5 \)
\( \text{Graham Number (%)}=\frac{\text{33}}{\text{20}}=167.7\text{%}\)
Il est fréquent que de nombreux investisseurs particuliers négligent le fonctionnement du marché boursier. Lorsqu'on achète des actions d'une entreprise, on les acquiert par l'intermédiaire d'une Bourse (comme le NYSE, le NASDAQ ou Euronext). Toutefois, le pays et la devise de la Bourse ne correspondent pas nécessairement aux activités de l'entreprise. Par exemple, les actions Apple sont disponibles à la Bourse mexicaine et peuvent être achetées en pesos mexicains, mais les états financiers de l'entreprise restent exprimés en dollars américains.
Ne pas tenir compte des taux de conversion lors de l'application des formules peut engendrer des faux positifs dans les algorithmes d'investissement. Cela devient encore plus important lorsqu'on traite des American Depositary Receipts (ADR) sur le marché américain. De nombreux courtiers proposent des ADR comme moyen pratique d'investir dans des entreprises étrangères. Il faut toutefois se rappeler que l'on tire des conclusions à partir d'un cours en dollars américains alors que les états financiers sont libellés dans des devises étrangères comme le yen ou l'euro.
Par conséquent, il est essentiel de tenir compte des conversions de devises et de veiller à une bonne correspondance entre le cours de l'action et la devise dans laquelle les états financiers sont présentés, afin d'éviter des conclusions trompeuses et des inexactitudes dans les évaluations d'investissement.